Un projet de barrage chinois, des camps de réfugiés, la plus importante réserve de jade au monde... Sur la terre des Kachins, des intérêts économiques colossaux sont en jeu et la guerre fait rage. Reportage de Thierry Lyonnet sur RCF.
Considérés comme déplacés internes, les réfugiés Kachins ne sont plus aidés par le HCR. L'Eglise
est très présente aux côtés des minorités, majoritairement chrétiennes.
Pour elles, il s'agit d'une guerre défensive : elles se battent pour
leur peuple, leur terre, leurs vies... Dans une voiture aux vitres
teintées, Thierry Lyonnet franchit les check points en simple touriste,
accompagné de Clémence, volontaire incognito pour l'association Enfants
du Mékong. Ils se rendent à Myitkyina, capitale de l'Etat de Kachin, où
des camps de réfugiés se sont constitués.
Comme des milliers de personnes, Elisabeth a fui son village avec ses cinq enfants : "J'aimerais beaucoup rentrer chez moi, mais les combats continuent actuellement. Quand les soldats sont arrivés, ils tiraient de tous côtés, ils tuaient des hommes et aussi des animaux. La nuit je fais trop de cauchemars, je n'arrive plus à dormir ; je ne peux même plus me souvenir des noms de tous ceux que je connais et qui sont morts..." Le père Noël, directeur du Secours catholique pour le diocèse de Myitkyina a été témoin des exactions commises par l'armée birmane : "Nous, des minorités ethniques, nous souffrons de l'immoralité des soldats birmans, ils n'ont aucun respect des civils, surtout quand ils sont en opérations militaires. Ils frappent les gens, leur font porter des minutions, les utilisent comme boucliers humains pour éviter eux-mêmes de sauter sur une mine".
Des religieuses ont transformé leur couvent en foyer pour aider les jeunes filles dans leur études. Elles leur fournissent un toit, de la nourriture et leur proposent des cours du soir. L'Association Enfants du Mékong parraine une dizaine de jeunes filles dans ce foyer.
Plus au Nord, le grand fleuve birman Irrawady naît à la confluence de la Mali et de la Nmai. Le paysage est triste : les maisons sont abandonnées, le niveau de l'eau est bas, les flots sont pollués ; des chercheurs d'or tentent leur chance... Aux alentours, la végétation masque à peine la présence chinoise. Même si le projet a été stoppé, il reste les premiers édifices de ce qui devait être l'un des plus gros barrages au monde. Le nouveau gouvernement qui sortira des urnes en 2015 saura-t-il défendre les intérêts birmans ? Laissera-t-il le gigantesque barrage voir le jour ? Ce dont on est sûr c'est que les Chinois ont investi énormément d'argent pour fournir beaucoup d'électricité, dont seulement 10% devait aller aux Birmans.




